La fanfiction de Trit'

De Yukipédia de Haruhi.fr
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Nous étions au mois de février, et aujourd’hui, la météo avait décidé de prolonger cet hiver finissant avec un temps aussi glacial que les nuages qui couvraient le ciel étaient gris. Si cela ne m’emplissait pas de joie, je n’ose imaginer son impact sur celle qui se trouvait à la table située juste derrière moi.

– Cet hiver ne finira donc jamais ? se lamenta Haruhi, qui comme à son habitude laissait errer son regard à travers la fenêtre, la tête appuyée contre sa main.

Elle semblait totalement sans énergie. En la voyant ainsi, j’eus un mauvais pressentiment. Allais-je à nouveau devoir sauver le monde, comme à chaque fois que cette fille se mettait à déprimer ? Silencieusement, j’adressai une prière à toutes les divinités de cet Univers pour qu’il n’en fût rien. Dans le tas, il y en avait sûrement au moins une capable de m’accorder cette faveur ! J’étais prêt à travailler sérieusement pour mes examens et même aider ma sœur pour les siens en échange, s’ils voulaient !

La fin des cours sembla ne jamais vouloir venir, mais lorsque ce moment tant attendu arriva (car après avoir supporté la mauvaise humeur de Haruhi tout ce temps et vaguement écouté des cours tout aussi peu intéressants, la simple pensée que j’allais recevoir une tasse de thé fraîchement infusé par Asahina suffisait à me redonner le moral), Haruhi se leva brusquement et me dit :

– Je pars devant. Viens à la salle de la Brigade dans cinq minutes.

Elle partit d’un pas pressé avant même que je puisse lui demander pourquoi.


J’attendis donc un moment, puis je me rendis sans hâte à la salle de l’ex-Club de Littérature (après tout, si Haruhi ne voulait pas que j’y aille sitôt les cours terminés, je n’allais pas la contrarier), bien que je fusse impatient de profiter du thé d’Asahina. Arrivé à la porte, je frappai pour signaler ma présence, mais je n’obtins aucune réponse. J’ouvris prudemment la porte, et fus soulagé de ne voir que Haruhi dans la salle. Je fus toutefois surpris de ne pas voir Nagato, d’habitude toujours là, au point que je me demande toujours si elle se rend ailleurs que dans cette salle quand elle vient au lycée. Koizumi et Asahina n’étaient pas là non plus.

– Que fais-tu ? demandai-je à Haruhi.

Elle était montée sur une des chaises pliantes et semblait chercher quelque chose dans un des cartons pleins de « trophées » amassés par cette Brigade étrange depuis presque un an.

– Tu le vois, non ? Je cherche quelque chose pour notre prochaine activité. Ah, j’arrive pas à voir, je suis trop petite ! Viens, je vais te descendre ce carton et... Haaaa !

Alors qu’elle se mettait à tirer pour attraper le carton en question, elle perdit l’équilibre et tomba en arrière. J’allai la rattraper quand je reçus un choc violent à la tête qui m’assomma à moitié et entendis à peine d’autres bruits de choc, plus forts cette fois : j’avais reçu le carton sur moi et tout son contenu s’était éparpillé par terre.

– Aïe... Tu vas bien, Haruhi ? demandai-je en me massant le cuir chevelu. Haruhi ? Haruhi !

Haruhi gisait sur le sol, inconsciente. Je me précipitai vers elle et l’examinai rapidement. Heureusement, elle respirait et ne semblait rien avoir de cassé. Mais je découvris une vilaine bosse derrière sa tête. Elle avait dû heurter la grande table de la salle et le choc avait dû l’assommer.

– Haruhi, tu m’entends ? Haruhi ! m’écriai-je en tentant de la réveiller, sans succès.

Aucun des trois autres membres de la Brigade ne semblait vouloir venir. Je décidai alors de les appeler afin de les faire venir en vitesse quand j’entendis un gémissement : Haruhi reprenait enfin conscience !

– Haruhi ! Tu vas bien ? m’empressai-je de lui demander.

– J’ai mal à la tête, répondit-elle en se massant la zone douloureuse.

Soudain, ses yeux s’écarquillèrent et elle me regarda fixement, avant de prononcer ces mots qui resteront gravés dans ma mémoire :

– Qui es-tu ?


– Qui es-tu ?

Je n’entendis pas le bruit que fit mon téléphone en tombant, que j’avais lâché sous la surprise. Haruhi... ne se souvenait pas de moi ?!

– Voyons, Haruhi ! C’est moi, Kyon ! m’écriai-je, croyant à une blague.

Cela ne fit qu’empirer les choses...

– Ahhh ! Ne t’approche pas ! C’est quoi, tous ces trucs par terre ? Tu... Tu as voulu me violenter ?!

Clignant des yeux face à une réaction aussi ahurissante, je faillis céder à la panique mais me ressaisis juste à temps.

– Bien sûr que non ! C’est toi qui as voulu récupérer quelque chose de ce carton qui était en haut de cette étagère, et tu es tombée en voulant le faire descendre.

– C’est ridicule ! Déjà, pourquoi est-ce que je serais allée chercher quelque chose là-haut, et puis... Où sommes-nous, ici ?

– Mais... Au lycée du Nord ! Tu ne souviens pas ?

– C’est évident que non !

– De quoi te souviens-tu, alors ?

– Eh bien, je... je...

Son visage prit progressivement toutes les expressions possibles : hésitation, réflexion, incrédulité et enfin panique.

– C’est... C’est affreux : je... je ne me souviens plus de rien ! s’écria-t-elle en collant ses mains sur ses joues.

Soudain, je vis quelque chose que je n’aurais jamais imaginé voir un jour chez Haruhi : des larmes commençaient à sortir de ses yeux et couler le long de ses joues. Cela suffit à me convaincre qu’elle était sincère et je décidai de mettre fin à ce spectacle désolant d’une Haruhi en pleurs en allant vers elle et en lui disant, mes mains sur ses épaules :

– Écoute, Haruhi : tu as reçu un coup sur la tête, ce qui explique sans doute pourquoi tu as perdu la mémoire. Alors, on va aller à l’hôpital pour que tu te fasses examiner et on verra ce qu’on peut faire. Si ça se trouve, ce n’est qu’une amnésie passagère due au choc et...

– Tu... Tu es sûr ? demanda Haruhi en séchant ses larmes.

– Attendons de voir ce que les médecins nous diront, répondis-je.

– D’accord, allons-y...

Je récupérai mon téléphone, pris nos deux sacs et sortîmes de la salle du club.


Je patientais depuis quelques minutes dans la salle d’attente de l’hôpital quand les trois membres restants de la Brigade SOS me rejoignirent enfin. Comme on pouvait s’y attendre, Asahina avait l’air catastrophée et à la limite d’éclater en sanglots ou de s’évanouir ; Koizumi se contentait d’avoir juste l’air préoccupé et Nagato, fidèle à elle-même, restait de marbre.

– Enfin, vous voilà ! ne pus-je m’empêcher de leur réprimander.

– Kyon, je...(sanglots) Je suis désolée, je... (sanglots) J’ai suivi les ordres de Suzumiya, mais... (sanglots) J’aurais dû être plus... (sanglots) Plus vigilante... bredouilla Asahina.

– À vrai dire, j’étais absent pour les mêmes raisons, et je devais aussi contacter l’Organisation, expliqua Koizumi.

– ...

– Comment va Suzumiya ? demanda Koizumi.

– Elle va bien, heureusement, si on oublie une amnésie sans doute passagère due au choc.

Les regards qu’ils m’adressèrent me firent comprendre que mes paroles rassurantes n’avaient eu aucun effet sur leurs inquiétudes. Même Nagato, malgré son regard impassible, semblait très anxieuse. Je n’eus pas le temps de leur demander s’ils en savaient plus, car un médecin arriva à notre rencontre :

– Vous êtes des proches de Mlle Suzumiya ? nous demanda-t-il. Nous acquiesçâmes.

– Très bien. Alors, comment dire... Votre amie va bien sur le plan physique : pas de fracture ni de fêlure, à peine un léger hématome dû au choc qui se résorbera vite...

Après toute cette liste de bonnes nouvelles, je m’attendais à ce qu’il aborde les mauvaises. Cela ne tarda pas :

– ... mais sur le plan neuro-psychologique, nous avons affaire à quelques... troubles. Asahina poussa un petit cri d’effroi.

– De quels troubles s’agit-il ? demanda Koizumi.

– Eh bien, pour être tout à fait franc, il semble qu’elle ne se rappelle pas de ce qui s’est passé depuis ces quatre dernières années, mais pendant qu’on l’examinait, elle a souhaité qu’on lui fasse venir quelqu’un auprès d’elle une fois que ce serait fini.

– Qui ça ? demandai-je à mon tour.

– Eh bien, elle nous a décrit cette personne et... Oh, c’est étrange, mais vous correspondez exactement à la description qu’elle nous en a fait, monsieur !

Moi ?!

– Je crois qu’il serait bon que vous alliez la voir un instant : ça pourrait l’aider à se rappeler. Je lançai un regard aux trois autres, qui me firent comprendre qu’ils ne désiraient pas s’impliquer dans ce qui ne les regardait pas. Lâchant un soupir, j’acceptai la proposition du médecin et le suivis jusqu’à la chambre de Haruhi.

Je n’imaginais pas quelles nouvelles surprises m’y attendaient.


Lorsque j’entrai dans la chambre, je vis Haruhi assise sur son lit, dans son activité habituelle lorsqu’elle n’avait rien à faire : contempler le monde extérieur par la fenêtre.

– Tu m’as demandé ? dis-je en guise de salutations.

Pour toute réponse, elle bougea mécaniquement la tête dans ma direction et me fixa de ce même regard perçant qu’elle eut lorsque nous nous parlâmes pour la première fois, en mai dernier, puis elle se remit à regarder par la fenêtre.

– Dis-moi... Si je devais recommencer ce que j’ai fait, m’aideras-tu cette fois aussi ?

Hein ? De quoi parlait-elle ?

– T’aider à faire quoi ?

– Écrire un message sur le terrain vague du collège.

Je devais ressembler à un poisson sorti de l’eau, tellement cette annonce était inattendue ! En se cognant la tête, Haruhi aurait-elle fait le lien entre moi et la personne qui l’a aidée lors du Tanabata d’il y a quatre ans ?! Je pensais pourtant qu’elle ne me reconnaîtrait pas dans l’obscurité...

Tournant à nouveau la tête vers moi, Haruhi reprit :

– Tu n’as pas l’air d’avoir changé, si quatre ans se sont réellement écoulés. Ce que tu m’as dit ce soir-là serait donc vrai ?

Cette conversation me mettait vraiment mal à l’aise, et je me demandais si je devais lui dire la vérité ou, suivant les recommandations de Nagato, Koizumi et Asahina, je devais continuer à lui cacher ce qu’elle ne devait pas savoir « pour la survie du monde », comme ils disaient. Mais je fus trop long à réagir...

– C’est tout ce que je voulais savoir... Tu peux t’en aller : on se reverra au lycée, je suppose. Merci d’être venu...


Je mis plusieurs secondes à réagir aux demandes pressantes d’Asahina, une fois de retour dans la salle d’attente.

– Alors, Kyon ? Comment va-t-elle ? me demanda notre ange de la Brigade.

– Oh ? Eh bien, elle... Elle sait pour le Tanabata d’il y a quatre ans et ce qui s’est passé, et... aussi pour l’existence d’êtres surnaturels.

Asahina recula d’un pas, l’air catastrophée. Koizumi parut contrarié. Nagato, qui avait dû emmener un livre de la salle du club, continuait à le lire, imperturbable.

– C’est la pire chose que l’on pouvait craindre, dit Koizumi. Si Suzumiya a conscience que le monde est tel qu’elle l’a souhaité, cela risque de devenir très rapidement ingérable. Il nous faut vite trouver une solution.

– Comment ça, « ingérable » ? demandai-je.

– Si Suzumiya pense que les extraterrestres, les voyageurs temporels et les gens doués de super-pouvoirs existent réellement, le nombre de personnes concernées qui se déclarent comme telles va littéralement exploser. La structure de notre Organisation ne suffira pas à gérer tous les ESPers, et je suppose qu’il en sera de même pour nos autres « groupes » respectifs.

– Je... Mes supérieurs ne m’ont jamais dit combien nous étions en totalité... bredouilla Asahina. Nagato ne dit rien, mais c’était inutile : nous savions déjà ce qu’il en était de son côté. Étrangement, je n’étais pas vraiment inquiet, mais je n’aurais su dire pourquoi... Le fait que Nagato n’ait pas réagi quand j’ai annoncé la nouvelle, ou que Haruhi avait plus paru soulagée que déçue ?

– Peut-être, mais pour l’instant, je pense qu’il serait plus sage de rentrer chez nous et revenir la voir demain, non ? Le monde ne va pas changer en un jour...

Tous me regardèrent comme si je leur avais dit la chose la plus incongrue qu’ils n’eussent jamais entendue, mais Koizumi retrouva vite son sourire légendaire :

– Tu as raison ! Après tout, « la nuit porte conseil », comme dit l’adage. Je suis sûr que d’ici demain, nous aurons trouvé une solution. Rendez-vous donc ici vers 14 heures.

Il prenait vraiment son rôle de Vice-Commandant de la Brigade au sérieux, à ainsi se mettre à nous donner des ordres en l’absence de la véritable n°1 ?!

Le lendemain, je me rendis comme convenu à l’hôpital, mais j’arrivai encore une fois le dernier bien que j’eusse encore dix minutes d’avance.

– Ne me dites pas que je vais quand même devoir offrir la tournée à tout le monde ?! leur adressai-je en guise de salutations. Leur air, encore plus grave que la veille, me fit deviner qu’ils avaient autre chose à penser...

– Allons nous asseoir, proposa Koizumi.

Après avoir trouvé des fauteuils libres dans le hall d’accueil de l’hôpital, il m’expliqua :

– Suzumiya n’est plus ici.

– Comment ça ?!

– Ce matin, j’ai appelé pour savoir si Suzumiya allait bien, et on m’a répondu que lorsque l’infirmière était allée la réveiller, elle avait disparu. Personne ne sait où elle est passée.

– Tu n’as aucune idée de là où Haruhi peut se trouver ?

– Pour être tout à fait honnête avec toi, ce serait plutôt à moi de te poser cette question...

– Et pourquoi donc ? Toujours cette histoire qu’elle m’aurait choisi ?

– Tu refuses toujours d’admettre l’évidence ? Pourtant, nous somme tous d’accord sur ce point.

Je regardai Asahina et Nagato : la première semblait captivée par ses genoux qu’elle tenait serrés l’un contre l’autre ; la deuxième me fixait sans expression.

– Enfin, tout ça ne nous dit toujours pas où a pu aller Haruhi ! fis-je remarquer.

– Allons, essaie de réfléchir : n’y a-t-il pas un endroit que Suzumiya et toi êtes les seuls à connaître et qui vous relie tous les deux ?

Je cherchai un instant. Oui, il y avait bien l’ancien collège où elle avait été avec Taniguchi, mais...

– Je pense que tu pourrais tenter le coup : ce n’est pas si loin, et peut-être y sera-t-elle vraiment !

– Kyon, je... bafouilla Asahina en se levant brusquement.

– Oui ?

– Je... Bonne chance !

De son côté, Nagato me fixait toujours sans un mot, mais la connaissant, je devinai que je ne devais pas m’inquiéter particulièrement. Elle m’aurait fait part de ses craintes, sinon. Je pris alors congé d’eux et partis vers le collège de l’Est.


Arpenter de nouveau cette rue me rendit un peu nostagique : comme l’avait insinué Koizumi, je devais bien admettre que cet endroit était synonyme de moments forts pour moi, mais pas pour les raisons qu’il avançait. Non, pour moi, c’était parce que j’avais eu le privilège de porter une Asahina endormie sur mon dos, juste après avoir rencontré sa version adulte qui m’avait, elle aussi, ordonné de me rendre là-bas. Le fait qu’il fît jour cette fois-ci n’altérait en rien cette douce chaleur qui faisait du bien à mon cœur transi par le froid hivernal.

Je dépassai la limite du muret qui bordait un chemin goudronné en pente douce, et vis au bout de celui-ci la grille d’entrée du collège de l’Est. Rien n’avait changé depuis ce soir d’il y avait trois ans et demi, car près de cette grille, je retrouvai aussi...

Haruhi Suzumiya.

Elle me tournait le dos, regardant le terrain de sport qui se trouvait de l’autre côté. Je la rejoignis.

– Ohé, Haruhi ! l’abordai-je comme à mon habitude.

Haruhi se retourna et je crus percevoir une lueur dans son regard. Mais très vite, elle se remit face à la grille.

– Tu m’as retrouvée, alors ? me dit-elle.

– Nous étions tous très inquiets. Qu’est-ce qui t’a pris de t’enfuir comme ça ?!

Haruhi ne répondit pas. Au contraire, elle répliqua :

– Kyon, tu te souviens de ce jour où je me suis confiée à toi, lorsque nous étions partis enquêter sur la disparition de Ryōko Asakura ?

Je me rappelais très bien, oui... Voulait-elle continuer ?

– Je t’ai dit qu’après avoir assisté à un match de base-ball, j’ai été tellement impressionnée par le monde qu’il y avait au stade et par cette révélation que je n’avais rien de spécial, contrairement à ce que je croyais jusqu’alors ? Et que j’ai passé toutes mes années de collège à tenter de faire changer ça, de faire bouger les choses pour enfin trouver quelqu’un ou quelque chose sortant de l’ordinaire ?

– Tu me l’as dit, oui...

– Je ne t’ai pas tout dit, à ce moment-là...

Je ne dis rien. Après un silence, Haruhi reprit :

– En fait, lors des vacances d’été de ma première année de collège, je me suis rendue ici, une nuit, pour écrire un message sur le terrain de sports. Ces fameux graffitis qui ont fait la une des journaux, c’était moi ! (Silence, durant lequel elle baissa les yeux) Enfin, pas tout à fait, non... Ce qu’il y a, c’est que ce soir-là, quelqu’un est venu m’aider, et je lui ai dit comment s’y prendre avec le traceur à chaux, avant de bavarder un peu, après.

Nouveau silence. Tout en se tournant à nouveau vers moi, elle conclut :

– Je n’ai jamais pris la peine de remercier cette personne, et je crois que je n’en retrouverai jamais plus l’occasion... Peux-tu fermer les yeux un instant ?

Je dus paraître encore plus surpris que je ne pensais, car Haruhi insista :

– Fais-le !

J’obéis. Je sentis alors deux mains se poser contre mes épaules et quelque chose de doux et chaud appuyer sur mes lèvres. C’était exactement comme lorsque je l’avais embrassée, quand nous étions enfermés dans ce monde clos que Koizumi avait qualifié de « fin du monde ». J’ouvris légèrement les yeux, et vis le visage de Haruhi encore plus proche que jamais je ne l’avais vu. Elle aussi avait les yeux fermés et je refermai les miens à mon tour.

Haruhi cessa son baiser et se colla ensuite contre moi.

– Peu importe, au fond, que je ne trouve aucun extraterrestre, voyageur temporel, personne détenant des superpouvoirs ou autre... T’avoir à mes côtés est la seule chose qui compte, car tu n’es pas une personne ordinaire pour moi.

Je ne sus que répondre, mais mes bras se mirent tous seuls à tenir cette jeune fille contre moi. Mon corps semblait ne plus vouloir obéir quand je lui rappelais que cette fille était la source première de tous mes déboires depuis mon arrivée au lycée.

Peu après, Haruhi se libéra et déclara qu’elle allait rentrer chez elle.

– Toi, va retrouver les autres et rassure-les ! On se retrouve tous lundi au lycée !

J’attendis qu’elle soit hors de vue pour commencer à bouger, mais soudain, je me sentis pris d’une torpeur irrésistible. Tout devint flou, puis noir autour de moi. Je ne voyais, sentais ni n’entendais plus rien.


C’est alors que j’entendis de nouveau une voix familière qui semblait m’appeler avec empressement :

– Kyon ! Kyon !! Réveille-toi, allez !

J’ouvris péniblement les yeux : je me trouvais allongé dans la salle du club, entouré de tout un tas d’objets divers éparpillés sur le sol, et je vis Haruhi agenouillée auprès de moi. L’air inquiet qu’elle avait se transforma en soulagement.

– Enfin ! Tu m’as fait peur : je croyais que tu étais blessé !

Je me redressai et répondis :

– Non, apparemment, je n’ai... Ouille !

Une vive douleur me prit derrière la tête. Passant ma main sur mon crâne, je sentis la présence d’une bosse.

– Que s’est-il passé ? demandai-je en voyant la pagaille par terre.

– Tu te rappelles pas ? En essayant de descendre le carton du placard à balais, j’ai perdu l’équilibre et je suis tombée. Je crois que le carton t’est tombé sur la tête quand tu as essayé de me rattraper et tu es resté inconscient pendant dix bonnes minutes.

Dix minutes ?! Alors que je croyais avoir passé un jour complet depuis cet incident ?!! Hé, mais... Tout ça n’était donc qu’un rêve ??!

– Aide-moi à ranger, puisque tu es réveillé ! ordonna Haruhi. De toute façon, il n’y avait pas ce que je cherche.

Oui, vu à quel point Haruhi était en forme, ça ne pouvait être qu’un rêve ! Il était pourtant si réaliste...

Lorsque je finis de remettre le carton à sa place, je vis que Haruhi regardait par la fenêtre de la salle.

– Quelque chose ne va pas ?

Elle parut surprise, puis répondit :

– Non, non... Dis-moi : tu te souviens de ce jour où je me suis confiée à toi, lorsque nous étions partis enquêter sur la disparition de Ryōko Asakura ?

Je ne dis rien, mais... Étais-je encore en train de rêver ???




Fin.

Auteur : Trit'